robespierre.jpgIl y a en France, dans chaque ville, des avenues Thiers. Vous chercherez, en vain, la même chose pour Robespierre, à la notable exception d’Arras, sa ville natale. Pourquoi un tel traitement de faveur pour le massacreur de la Commune, « le nabot monstrueux » dont parle Marx, qui réduisit par le carnage, et sous le regard d’une puissance étrangère, l’espérance révolutionnaire et émancipatrice de tout un peuple ? On estime à 23 000 le nombre de morts pendant la répression de la Semaine Sanglante de juin 1871 dont est directement responsable Thiers, cette incarnation parfaite du « transcendantal pétainiste » français dont parlait récemment Alain Badiou (1). Robespierre, lui, sa cause est entendue, et depuis longtemps. C’est un genre de Staline avant l’heure, qui préfigure les totalitarismes modernes. Que Robespierre, lui aussi, ait été assiégé par des puissances étrangères qui finançaient la contre-révolution armée des Vendéens sur son propre sol mais qu’il ait résisté et que malgré tout, il ait réussi à préserver l’essentiel des acquis de la Révolution et à les amplifier (il s’est prononcé contre l’esclavage, la loi martiale ou pour le suffrage universel sans condition de fortune), tout cela est passé à la trappe mémorielle. Robespierre, c’est l’homme de la Terreur, un point c’est tout. Quand bien même cette fameuse Terreur a fait très précisément 1366 morts entre le 10 juin et le 27 juillet 1794, date du pustch des thermidoriens, un genre de coalition de financiers sans scrupule et de profiteurs de guerre, ou si vous préférez, des Serge Dassault de l’époque alliés à des Vincent Bolloré. 9782234060760-G.jpgHeureusement, un livre paru ces jours-ci vient nous rappeler opportunément qui était Robespierre et son actualité foudroyante à travers une anthologie de ses discours. Il s’agit de Robespierre, entre vertu et terreur, préfacé par Slavoj Zizek (2). Ce philosophe slovène n’a pas bonne presse. Il a été l’objet récemment, avec, comme par hasard, Alain Badiou, d’une rafle médiatique. Ces deux penseurs ont commis une faute majeure : ils expliquent de manière assez convaincante pourquoi la démocratie bourgeoise n’est pas forcément un régime indépassable et que les grands bouleversements sociaux et écologiques qui s’annoncent à cause de la déraison capitaliste, ne vont pas se régler avec les tics de Sarkozy ou le sourire de Ségolène ou même les gesticulations d’un facteur, trotskyste de salon, bientôt invité chez Drucker. Que nous dit Zizek à travers Robespierre ? Qu’il faut réapprendre à penser radicalement pour changer radicalement le monde. Que la justice égalitaire, il faudra peut-être avoir le courage de l’imposer. Et, comme le proclamait Robespierre dans son ultime discours, avant son arrestation : « Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? » Ou nous aurons le courage de répondre à cette question, ou reviendra le temps de Thiers.

Jérôme Leroy

(1) De quoi Sarlozy est-il le nom de Alain Badiou (Lignes, 14 euros) (2) Stock, collection « l’autre pensée », 20 euros.