CUBA CASTROCastro s’en va. On nous permettra une certaine tristesse. J’ai pour fond d’écran, sur mon ordinateur, une photo du leader maximo. Ce n’est pas une photo de l’époque héroïque de la Serra Maestra ou de l’entrée à la Havane en 59, c’est une photo de juin 2006, certainement peu de temps avant qu’il ne tombe malade. Il est à une tribune, pris de trois quart, il fait face à l’objectif, il rit franchement. On voit que c’est un vieil homme, mais un vieil homme heureux. Contrairement aux idées reçues, les révolutionnaires sont des gens plutôt joyeux. Pour Castro, il y a de quoi. Pendant cinquante ans, il aura tenu tête à la première puissance du monde, à un nombre incalculable de tentatives d’assassinat, à des débarquements, des déstabilisations, des calomnies. Puis à la défection de son principal allié pour cause du chute de mur de Berlin. Et pourtant, alors que le Tiers-monde s’abîme aujourd’hui dans le génocide néolibéral, Castro, lui, laisse un peuple disposant d’un des meilleurs systèmes de santé du monde, à faire pâlir d’envie l’accidenté du travail étasunien ou le chômeur mancunien de sa Très Gracieuse Majesté. Il laisse aussi une population qui connaît un taux d’alphabétisation exceptionnel quand on sait qu’un pays riche comme le nôtre envoie un élève sur cinq qui ne sait pas lire en sixième. Bien sûr, il y a la question des droits de l’homme. GUANTANAMO_vmed_4p.widec.jpgC’est vrai : il existe à Cuba depuis cinq ans une prison où des centaines d’individus de toutes les nationalités sont enfermés souvent sans preuve et toujours sans jugement. Ils sont torturés systématiquement, privation de sommeil, isolement sensoriel, camisole chimique, j’en passe et des bien pires. C’est un véritable scandale, un symbole de la barbarie contemporaine, et cet enfer cubain a pour nom Guantanamo. Ah, oui, mais bon, il y a comme qui dirait un problème : Guantanamo est une base américaine, une espèce d’épine géographique dans le talon de Cuba depuis les débuts de la Révolution. chavez.jpgFidel s’en va. On va se sentir seul. Même avec une grande mansuétude marxiste-léniniste, il est difficile de considérer la Corée du Nord comme un modèle. Quant à la Chine dite populaire, elle n’a gardé de communisme que le nom pour créer ce monstre idéologique hybride : le stalinisme de marché. Tout est perdu, alors ? Mais non, comme dans les romans de chevalerie, Fidel a eu le temps de passer le relais et de transmettre l’Excalibur de la Révolution à un autre homme des Caraïbes qui a décidé que la santé, l’éducation, les transports, la souveraineté alimentaire ne sont pas monnayables et que les richesses sont faites pour être redistribuées. Alors, je vais changer mon fond d’écran. Fidel s’en va, oui, mais Chavez arrive. Les héros du peuple sont immortels !