pécressePour faire passer sa réforme de vente à la découpe de l’université française aux entreprises qui, c’est bien connu, aiment beaucoup l’idée de financer des thèses sur la poésie, la ministre des universités Pecresse ne cesse de dire qu’elle fera tout pour améliorer la condition estudiantine, condition à peu près équivalente dans notre société ultralibérale à celle de clochards qui auraient remplacé le kil de rouge par une grammaire structurale ou un manuel de géographie humaine. Il serait intéressant de savoir si Pecresse, cette ministre versaillaise (on aura beau faire l’adjectif sent toujours un peu sa Semaine Sanglante) connaît le texte de Mustapha Kahayati, De la misère en milieu étudiant, paru chez les situationnistes de la fac de Strasbourg en 66 et dont on peut estimer qu’il est un des détonateurs intellectuels de Mai 68. Kahayati y dénonçait avant tout une misère intellectuelle, la misère sociale restant somme toute un problème marginal dans cette France des trente glorieuses.

Seulement, aujourd’hui, les choses se sont aggravées à un point difficilement imaginable quand on sait que 40 000 étudiantes environ ont recours à la prostitution pour payer leurs études (1). Internet facilitant les choses, l’amateur sait qu’il peut pour une centaine d’euros, passer un moment agréable avec une jeune fille qui en plus se révèlera plutôt plus cultivée et plus propre que la moyenne. C’est la version française de la Geisha. C’est aussi une des profanations les plus abjectes qu’on puisse imaginer, de celle qui nous rappelle qu’un système économique qui conduit à ce genre d’extrémité mérite qu’on se batte à mort contre lui, même le dos au mur.

cheres_etudes.jpgDans son Histoire de la vie quotidienne des maisons closes au XIXe siècle, Laure Adler dressait une typologie dont les noms seuls indiquent bien de quoi l’on parle : il y avait les courtisanes, les filles de joie, de nuit, d’allégresse, de beuglant, d’amour, les filles en circulation, les filles à parties, à barrière, les pierreuses, les soupeuses, les marcheuses, les cocottes, les hétaïres, les horizontales, les trotteuses, les visiteuses d’artistes, les lorettes, les frisettes, les biches, les pieuvres, les aquatiques, les demi-castors, les vénus crapuleuses…On pourra désormais ajouter les licenciées, les mastérisées, les doctorantes qui arpent les trottoirs électroniques des sites spécialisés. Un ultra-libéral vous répondra sans rire que c’est ça la liberté. On est dans la société du choix et du risque, n’est-ce pas ? Un marxiste un peu conséquent verra surtout dans l’autonomie des universités le stade ultime de la prostitution aux exigences de la rentabilité marchande. Et le sort nauséeux réservés à ces jeunes filles n’est que la conséquence de la seule vraie putasserie dans toute cette histoire : celle du gouvernement Sarkozy en général et de Valérie Pecresse en particulier.

Jérôme Leroy

(1) Mes chères études. Étudiante, 19 ans. Job alimentaire : prostituée De Laura D (Max Milo éditions)