L’année ne va pas être très facile. L’homme qui aimait les mannequins cabines, les talonnettes et les montres pour VRP en lingerie fine, celui qui a été élu par une majorité de français drogués (TF1, c’est bien plus dangereux que l’herbe ou la cocaïne) a décidé d’en finir à la hache avec le code du travail, la sécurité sociale, la carte scolaire et ce qui subsiste du système de retraite par répartition. De l’étranger, on va finir par nous voir comme une nation de capitalistes hargneux, une espèce de Taiwan dirigé par une équipe de managers aussi humanistes que des chefs de rayons dans la grande distribution ou des gérants de restaurants rapides sous franchise étatsuniennes.

Je vois aussi venir la commémoration de Soixante-huit. Oh ! pas par les ouvriers ou leurs leaders syndicaux qui avaient arraché tant d’acquis sociaux lors des accords de Grenelle (le vrai, pas celui de l’environnement où l’on a décidé de prendre des douches de moins de cinq minutes pour sauver la planète). Non, la commémoration sera celle des libéraux libertaires, des anciens leaders étudiants devenus confidents des patrons, des ministres, des médecins sans frontières ministres d’ouverture qui regardent ailleurs pendant qu’on vend des centrales nucléaires à des dictateurs solvables. Ils vont nous expliquer, comme tous les dix ans, que 68 c’était bien mais que maintenant, c’est fini, qu’il faut des règles, des repères, que l’économie de marché, c’est ça qui est hype et travailler en CCD jusqu’à soixante-dix piges, c’est trop fun. Alors, pour continuer à respirer, lisez très vite le petit livre d’Alain Badiou. De quoi Sarkozy est-il le nom ? Alain Badiou est toujours communiste, dites donc… Quoi ? Communiste ? Il y en a encore ? Eh, oui, il y en a encore, vous allez voir aux municipales, d’ailleurs. Mais revenons à Badiou. Il n’est pas toujours d’un abord facile, c’est un philosophe exigeant, pas un Gluksmann (tiens, on l’entend plus le tchétchénophile sarkozyste quand Kadhafi est à Paris ou Sarkozy chez Bongo) ou un Béachelle ségolénien qui confond brushing et argumentation.

Dans ce livre Badiou nous parle d’amour et de politique, de la permanence et de la validité de « l’hypothèse communiste ». Commencer 2008 avec Badiou, c’est confirmer les raisons que nous avons de lutter, de penser autrement pour construire un monde meilleur. C’est avoir comme devise cette magnifique définition qu’il donne du courage : « Après tout, ce que nous cherchons, c’est une morale provisoire pour n’être ni déprimés, ni rats par gros temps sarkozyen. Nous voulons savoir comment être dignes, vertueux, gardiens de l’avenir des vérités dans cette sale passe. Ce qui demande du courage est de se tenir dans une durée différente de la durée imposée par la loi du monde. La matière première du courage, c’est le temps. »

Jérôme Leroy

(1) De quoi Sarkozy est-il le nom ? de Alain Badiou (Lignes, 14 euros)