Le Talon de Fer

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mardi 29 avril 2008

Le syndrome Alamo

el_alamo.jpgOn a beau savoir que seul l’optimisme est révolutionnaire, il est difficile, certaines semaines, de ne pas sombrer dans ce qu’on pourrait appeler le syndrome Fort Alamo. Vous vous souvenez, ce western avec John Wayne et Richard Widmark ? Trois cents Texans récemment indépendants contre cinq mille Mexicains ; trois cents Texans cernés dans un fort en ruine Pendant les trois heures du film, ils résistent héroïquement aux charges successives de l’ennemi, tombent les un après les autres et finissent complètement massacrés. Ils ont attendu sans espoir les renforts du général Houston qui n’est pas venu et qui arrivera trop tard pour les sauver. sarkoTF1.jpgBon, première charge sur Alamo : déremboursement des lunettes. Peut-être que le gouvernement à peur que le peuple voie trop bien ce qui se passe. Qu’il se rassure, le gouvernement : TF1 et les journaux gratuits suffisent largement à entretenir une myopie politique voire un aveuglement définitif. couteau-entre-dents01.jpgDeuxième charge : déremboursement sur les soins dentaires. Plus malin, sans doute. Les filles cesseront de sourire et iront bosser. Quant aux sales Rouges hargneux, aux syndicalistes, ils ne pourront plus mordre. Troisième charge : on refait la carte hospitalière comme on a refait la carte judiciaire, à la hache, à la tronçonneuse, à la machette, au hachoir. Va accoucher plus loin, feignasse ! Et prends ta bagnole pour qu’on aille te soigner ton infar… T’avais qu’à vivre dans une grande ville, eh, paysan ! Colonel Dati, colonel Bachelot, vous avez bien mérité du libéralisme : ce n’est plus de l’aménagement du territoire, c’est du carnage. Pas du genre, à faire du prisonnier, les furieuses. alamo.jpgÀ un moment, dans Fort Alamo, le vrai, le film, les assiégés tentent une sortie nocturne et réussissent à faire sauter un gros canon de l’armée mexicaine. Le gros canon qu’on a fait sauter, c’est la communauté urbaine de Marseille, passée à gauche contre toute attente. La tête de Gaudin et Muselier se demandant qui les a trahis : la seule consolation de la semaine. Mais enfin l’armée mexicaine ne se laisse pas démoraliser et c’est la quatrième charge : pour un patron libéral, le chômeur est considéré sous l’angle économique comme une variable de gestion et sous l’angle humain comme un paresseux qui boit ses allocs aux PMU. couperet.jpg On va changer ça : au bout de deux propositions acceptables, ou tu bosses de nouveau ou on te raye des statistiques. Une proposition acceptable par exemple, c’est de demander à un jardinier de Wasquehal de devenir poissonnier à Boulogne ou à une ingénieure en systèmes automatisés de Villeneuve d’Ascq de devenir go-go danseuse dans une boîte de la côte d’Opale. affichepcfhl6.jpgEnsuite, évidemment, le rythme des assauts s’accélère, vu le peu de résistance rencontrée. Cinquième charge : suppression des majorations des allocations familiales pour les adolescents. Sixième charge, la dernière pour l’instant : un livre blanc sur les fonctionnaires pour dire que les fonctionnaires, c’est pas beau, c’est cher, ça sert à rien et on devrait pouvoir les virer comme n’importe quel cueilleur saisonnier. Bien entendu, c’est un fonctionnaire qui a écrit le livre blanc en question. Mais un haut, un qui a fait les écoles. Pas un guichetier de la poste qui se suicide à cause du harcèlement. Il a de la chance qu’on ne rembourse plus les lunettes, celui-là, un certain Silicani, parce que si on le reconnaissait dans la rue… Bon, s’il y a encore des survivants dans les ruines, qu’ils lèvent le doigt… Ah, je vois des lycéens… Ce sont peut-être eux les renforts : il paraît que le communisme est la jeunesse du monde. Ce ne serait pas mal, par les temps qui rampent, que la jeunesse du monde devienne communiste. Juste un peu.

Good Morning Kaboul !

planet_of_the_apes_kiss.jpgCharlton Heston est mort. Ça va grincer des dents dans les chaumières rouges, mais j’aimais bien Charlton Heston. Charlton Heston était le président de la NRA, ce lobby américain des maniaques des armes à feu qui estiment que la liberté constitutionnelle la plus importante est de posséder un fusil d’assaut bien rangé entre la Bible, le 4X4 géant et le bulletin de vote républicain. Pourtant, Charlton Heston a aussi joué dans trois chef d’œuvres de la science-fiction de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. OmegaMan_-_copie.jpgTrois séries B prophétiques et qui montraient une Amérique inquiète doutant de sa puissance : La Planète des singes, Le Survivant, et Soleil Vert. Dans ces films, Charlton Heston incarnait la figure du dernier homme qui affrontait des problèmes qui sont devenus, hélas, très contemporains : la pollution, l’épuisement des ressources naturelles, le choc des civilisations, ces cadeaux de la déraison capitaliste.

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BUSH-SARKOZY/Ce n’est évidemment pas cette Amérique-là, celle qui s’interroge sur elle-même, que Sarkozy aime. Il a plutôt des points communs avec celle de Bush. Tous les deux ont d’ailleurs fait un service militaire de planqués dans l’armée de l’air et tous les deux adorent envoyer leurs soldats défendre l’économie de marché à l’autre bout de la planète. Un petit millier de Français en Afghanistan pour sauver une jeune démocratie des affreux talibans (interdiction de rire dans la classe, ou Gluksmann va mettre une fessée). article_photo_1206168950403-1-0.jpgRappelons pour mémoire que les talibans et les Américains, c’est un peu l’histoire du docteur Frankenstein qui ne contrôle plus sa créature. À l’origine, c’est la CIA qui arme ces fous de Dieu dans les années quatre-vingt pour résister à l’arrivée des Soviétiques. Tout, plutôt que des communistes. Le refrain est connu. En même temps, près de trente ans plus tard, il serait amusant de faire un sondage auprès des femmes afghanes, par exemple : rawa2.jpgavez-vous été plus heureuse 1°) sous un régime pro-soviétique où vous n'êtiez pas obligée de vivre dans une combinaison de cosmonaute grillagée, où vous pouviez apprendre à lire et écouter de la musique ? 2°) Sous la férule de barbus fous furieux, qui vous lapident entre deux ventes d'opium ? 3°) Sous l’occupation des brillants soldats de l'Otan, incapables de contrôler, au bout de cinq ans et avec les armées les plus puissantes du monde, plus de deux pâtés de maisons ? reagan_thatcher.jpgSarkozy, lui, ce n’est pas son problème. Il veut sa guerre, comme tous les néo-libéraux qui cherchent à faire oublier qu’ils démantèlent l’État providence. Reagan et le Nicaragua, Thatcher et les Malouines, Bush et l’Irak. Des belles images de pioupious qui sentent bon le sable chaud, c’est tout de même plus sexy que les délocalisations, les franchises médicales et la paupérisation des classes moyennes. Bon, ça coûte un peu cher, mais quand on aime, on ne compte pas.

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Pour commémorer 68, plutôt que d’écouter une énième fois Cohn Bendit le libéral libertaire, lisez un bon livre. L’arme à gauche (1), de David Defendi. L’histoire vraie d’un jeune flic de la DST infiltré dans la Gauche prolétarienne elle-même infiltrée dans les usines Peugeot. Ce n’est pas manichéen, c’est-à-dire que ce n’est pas américain même si c’est écrit comme du Ellroy.

(1) Flammarion, 18 euros

samedi 29 mars 2008

Robespierre, reviens, ils sont devenus fous !

robespierre.jpgIl y a en France, dans chaque ville, des avenues Thiers. Vous chercherez, en vain, la même chose pour Robespierre, à la notable exception d’Arras, sa ville natale. Pourquoi un tel traitement de faveur pour le massacreur de la Commune, « le nabot monstrueux » dont parle Marx, qui réduisit par le carnage, et sous le regard d’une puissance étrangère, l’espérance révolutionnaire et émancipatrice de tout un peuple ? On estime à 23 000 le nombre de morts pendant la répression de la Semaine Sanglante de juin 1871 dont est directement responsable Thiers, cette incarnation parfaite du « transcendantal pétainiste » français dont parlait récemment Alain Badiou (1). Robespierre, lui, sa cause est entendue, et depuis longtemps. C’est un genre de Staline avant l’heure, qui préfigure les totalitarismes modernes. Que Robespierre, lui aussi, ait été assiégé par des puissances étrangères qui finançaient la contre-révolution armée des Vendéens sur son propre sol mais qu’il ait résisté et que malgré tout, il ait réussi à préserver l’essentiel des acquis de la Révolution et à les amplifier (il s’est prononcé contre l’esclavage, la loi martiale ou pour le suffrage universel sans condition de fortune), tout cela est passé à la trappe mémorielle. Robespierre, c’est l’homme de la Terreur, un point c’est tout. Quand bien même cette fameuse Terreur a fait très précisément 1366 morts entre le 10 juin et le 27 juillet 1794, date du pustch des thermidoriens, un genre de coalition de financiers sans scrupule et de profiteurs de guerre, ou si vous préférez, des Serge Dassault de l’époque alliés à des Vincent Bolloré. 9782234060760-G.jpgHeureusement, un livre paru ces jours-ci vient nous rappeler opportunément qui était Robespierre et son actualité foudroyante à travers une anthologie de ses discours. Il s’agit de Robespierre, entre vertu et terreur, préfacé par Slavoj Zizek (2). Ce philosophe slovène n’a pas bonne presse. Il a été l’objet récemment, avec, comme par hasard, Alain Badiou, d’une rafle médiatique. Ces deux penseurs ont commis une faute majeure : ils expliquent de manière assez convaincante pourquoi la démocratie bourgeoise n’est pas forcément un régime indépassable et que les grands bouleversements sociaux et écologiques qui s’annoncent à cause de la déraison capitaliste, ne vont pas se régler avec les tics de Sarkozy ou le sourire de Ségolène ou même les gesticulations d’un facteur, trotskyste de salon, bientôt invité chez Drucker. Que nous dit Zizek à travers Robespierre ? Qu’il faut réapprendre à penser radicalement pour changer radicalement le monde. Que la justice égalitaire, il faudra peut-être avoir le courage de l’imposer. Et, comme le proclamait Robespierre dans son ultime discours, avant son arrestation : « Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? » Ou nous aurons le courage de répondre à cette question, ou reviendra le temps de Thiers.

Jérôme Leroy

(1) De quoi Sarlozy est-il le nom de Alain Badiou (Lignes, 14 euros) (2) Stock, collection « l’autre pensée », 20 euros.

mardi 11 mars 2008

Aphrodite vote communiste

Aphrodite-VenusPg65-4.3x7_72.jpgDimanche, je vais voter communiste. On se dit que ça devient rare, les pays où l’on peut voter communiste. Ça doit être ce qu’on appelle les progrès de la démocratie, comme dirait Alain Minc. L’abandon des vieilles idéologies qui nous ont fait tant de mal, et patati et patata… Quoique : figurez-vous qu’il existe un état de l’Union européenne où un président communiste a été élu au second tour, au suffrage universel. Si, si, c’est à Chypre et le nouveau chef de l’État s’appelle Dimitris Christofias. Ça doit faire mal à Alain Minc, ce retour des vieilles idéologies. Chypre, avec un président communiste. C’est normal, finalement : dans la mythologie, Chypre était l’île d’Aphrodite, déesse de l’amour. Nicosie.jpgNous, ça nous fait une nouvelle terre promise : l’an prochain, tous à Nicosie… Dimanche, je vais voter communiste. Si par hasard j’avais eu des doutes, Le Monde de la semaine dernière offrait pour 9 euros 90 un volume de Marx, avec les Manuscrits de 1844, le Manifeste et des extraits du Capital. Ils font ça depuis quelques semaines, proposer en supplément un grand philosophe le vendredi. Le samedi, c’est un DVD. La presse bourgeoise ne se porte pas très bien. Pour nous convaincre de lire sa prose sociale libérale ou libérale sociale ou libérale libertaire ou carrément libérale libérale, ils sont prêts à nous vendre n’importe quoi.On attend avec impatience le supplément sex-toys pour les solitaires, le supplément serviette de bain pour aller bronzer à Chypre (vous savez, l’île communiste d’Aphrodite), le supplément savoir vivre à l’époque du sarkozysme (tome 1 : comment se comporter au salon de l’agriculture.) Et puis trouver Marx avec le Monde, ça a quelque chose d’étrange, comme arriver en 4X4 diesel à une réunion écolo ou avec des idées claires sur une liste du Modem. manuscrits.jpgDimanche, je vais voter communiste. Je lis dans les Manuscrits de 1844 : « Le pouvoir est donc le pouvoir de gouverner le travail et ses produits. Le capitaliste possède ce pouvoir non pas en raison de ses qualités personnelles ou humaines, mais en tant que propriétaire du capital. Son pouvoir, c’est le pouvoir d’achat de son capital auquel rien ne peut résister. » Dites-moi, mais dites-moi donc pourquoi ces lignes me font penser au scandale des affameurs de la grande distribution ou encore au bandit de grand chemin Gautier-Sauvagnac, ex-premier porte flingue du Medef, que ses potes grands patrons virent discrètement et à qui ils donnent un million et demi d’euros pour qu’il ne fasse pas le bavard à propos des valises de billets qu’il retirait des coffres-forts de l’UIMM. Eh ! Coppola, si tu n’as pas d’idée pour tourner le Parrain IV, viens en France et remplace Al Pacino par Laurence Parisot. Tu verras, ça ira très bien.

Dimanche, je vais voter communiste. Comme Aphrodite.

dimanche 2 mars 2008

À demain, Fidel !

CUBA CASTROCastro s’en va. On nous permettra une certaine tristesse. J’ai pour fond d’écran, sur mon ordinateur, une photo du leader maximo. Ce n’est pas une photo de l’époque héroïque de la Serra Maestra ou de l’entrée à la Havane en 59, c’est une photo de juin 2006, certainement peu de temps avant qu’il ne tombe malade. Il est à une tribune, pris de trois quart, il fait face à l’objectif, il rit franchement. On voit que c’est un vieil homme, mais un vieil homme heureux. Contrairement aux idées reçues, les révolutionnaires sont des gens plutôt joyeux. Pour Castro, il y a de quoi. Pendant cinquante ans, il aura tenu tête à la première puissance du monde, à un nombre incalculable de tentatives d’assassinat, à des débarquements, des déstabilisations, des calomnies. Puis à la défection de son principal allié pour cause du chute de mur de Berlin. Et pourtant, alors que le Tiers-monde s’abîme aujourd’hui dans le génocide néolibéral, Castro, lui, laisse un peuple disposant d’un des meilleurs systèmes de santé du monde, à faire pâlir d’envie l’accidenté du travail étasunien ou le chômeur mancunien de sa Très Gracieuse Majesté. Il laisse aussi une population qui connaît un taux d’alphabétisation exceptionnel quand on sait qu’un pays riche comme le nôtre envoie un élève sur cinq qui ne sait pas lire en sixième. Bien sûr, il y a la question des droits de l’homme. GUANTANAMO_vmed_4p.widec.jpgC’est vrai : il existe à Cuba depuis cinq ans une prison où des centaines d’individus de toutes les nationalités sont enfermés souvent sans preuve et toujours sans jugement. Ils sont torturés systématiquement, privation de sommeil, isolement sensoriel, camisole chimique, j’en passe et des bien pires. C’est un véritable scandale, un symbole de la barbarie contemporaine, et cet enfer cubain a pour nom Guantanamo. Ah, oui, mais bon, il y a comme qui dirait un problème : Guantanamo est une base américaine, une espèce d’épine géographique dans le talon de Cuba depuis les débuts de la Révolution. chavez.jpgFidel s’en va. On va se sentir seul. Même avec une grande mansuétude marxiste-léniniste, il est difficile de considérer la Corée du Nord comme un modèle. Quant à la Chine dite populaire, elle n’a gardé de communisme que le nom pour créer ce monstre idéologique hybride : le stalinisme de marché. Tout est perdu, alors ? Mais non, comme dans les romans de chevalerie, Fidel a eu le temps de passer le relais et de transmettre l’Excalibur de la Révolution à un autre homme des Caraïbes qui a décidé que la santé, l’éducation, les transports, la souveraineté alimentaire ne sont pas monnayables et que les richesses sont faites pour être redistribuées. Alors, je vais changer mon fond d’écran. Fidel s’en va, oui, mais Chavez arrive. Les héros du peuple sont immortels !

mardi 26 février 2008

Pour une vraie réduction du temps de travail

ist2_1130219_in_god_we_trust_religious_message_on_one_dollar_bill.jpgSarkozy, conseillé par des dominicains fanatiques, veut remettre Dieu au centre de la vie des Français. Comme ça, ils pourront attendre le Paradis après la mort en se consolant de l’enfer ici-bas : chômage, précarité, misère et Star Academy. Sarkozy, conseillé par le Medef et Attali veut augmenter la durée du temps de travail, revenir sur les acquis sociaux : congés payés, sécu, droit de fumer dans les bistrots et de ne pas faire de sport. La meilleure défense étant l’attaque, il faut riposter sur les deux fronts : je propose donc de supprimer toutes les fêtes religieuses et toutes les célébrations commerciales (Saint-Valentin et Halloween, inventions américaines, et fêtes des mères, des pères et des grands-mères, inventions pétainistes) Pour compenser, créons de nouveaux jours fériés. Les historiens nous apprennent que, contrairement aux idées reçues, Au Moyen Âge, le pékin moyen travaillait un jour sur deux (fête des corporations, du village, du seigneur, semaine sainte, j’en passe et des meilleures), autant dire encore moins que ces feignasses de profs, et ça, il faut le faire. bloncourt.jpgGardons Noël et le jour de l’an, ça fait plaisir aux enfants et à des gens sympas comme les facteurs, les pompiers, les éboueurs et les derniers concierges qui reçoivent des étrennes. Gardons le 8 mai et le 11 novembre, victoires des démocraties sur le nazisme et les empires centraux. Plus généralement, conservons les dates imposées par l’histoire, comme le 1er mai ou le 14 juillet et non celles choisies arbitrairement par les lois du marché. Et, suivant ce principe, proposons la liste indicative suivante : le 21 janvier pour pleurer Lénine et rire de la tête de Louis XVI. Du 6 février au 12 février pour se rappeler qu’en 1934, la garde mobile a tailladé du fasciste et que la riposte de la gauche a annoncé le Front Populaire dans des manifestations monstres. Le 18 mars, qui marque le début de la Commune. Le 25 avril, pour la révolution portugaise de 1974 et les militaires de gauche (ça existe, regardez Chavez). Le 12 juin pour la loi de 1936 sur les congés payés. Le 4 août pour l’abolition des privilèges de 1789 ( prévoir la nuit pour chanter sous la fenêtres des patrons du CAC 40). elvgren_witch.jpgLe 4 septembre pour la proclamation de la Troisième république. Tout le mois d’Octobre, évidemment, pour la Révolution du même nom et bien sûr, pour terminer en beauté, le 9 décembre, date de la séparation de l’église et de l’Etat, en 1905, qui sera suivie d’une semaine du souvenir pour tous les mômes abrutis par les écoles religieuses ou les sorcières brûlées par l’Inquisition. Parce que moi, les sorcières, depuis Mac Carthy, je les adore.

dimanche 24 février 2008

Valérie Pécresse fait-elle le trottoir ?

pécressePour faire passer sa réforme de vente à la découpe de l’université française aux entreprises qui, c’est bien connu, aiment beaucoup l’idée de financer des thèses sur la poésie, la ministre des universités Pecresse ne cesse de dire qu’elle fera tout pour améliorer la condition estudiantine, condition à peu près équivalente dans notre société ultralibérale à celle de clochards qui auraient remplacé le kil de rouge par une grammaire structurale ou un manuel de géographie humaine. Il serait intéressant de savoir si Pecresse, cette ministre versaillaise (on aura beau faire l’adjectif sent toujours un peu sa Semaine Sanglante) connaît le texte de Mustapha Kahayati, De la misère en milieu étudiant, paru chez les situationnistes de la fac de Strasbourg en 66 et dont on peut estimer qu’il est un des détonateurs intellectuels de Mai 68. Kahayati y dénonçait avant tout une misère intellectuelle, la misère sociale restant somme toute un problème marginal dans cette France des trente glorieuses.

Seulement, aujourd’hui, les choses se sont aggravées à un point difficilement imaginable quand on sait que 40 000 étudiantes environ ont recours à la prostitution pour payer leurs études (1). Internet facilitant les choses, l’amateur sait qu’il peut pour une centaine d’euros, passer un moment agréable avec une jeune fille qui en plus se révèlera plutôt plus cultivée et plus propre que la moyenne. C’est la version française de la Geisha. C’est aussi une des profanations les plus abjectes qu’on puisse imaginer, de celle qui nous rappelle qu’un système économique qui conduit à ce genre d’extrémité mérite qu’on se batte à mort contre lui, même le dos au mur.

cheres_etudes.jpgDans son Histoire de la vie quotidienne des maisons closes au XIXe siècle, Laure Adler dressait une typologie dont les noms seuls indiquent bien de quoi l’on parle : il y avait les courtisanes, les filles de joie, de nuit, d’allégresse, de beuglant, d’amour, les filles en circulation, les filles à parties, à barrière, les pierreuses, les soupeuses, les marcheuses, les cocottes, les hétaïres, les horizontales, les trotteuses, les visiteuses d’artistes, les lorettes, les frisettes, les biches, les pieuvres, les aquatiques, les demi-castors, les vénus crapuleuses…On pourra désormais ajouter les licenciées, les mastérisées, les doctorantes qui arpent les trottoirs électroniques des sites spécialisés. Un ultra-libéral vous répondra sans rire que c’est ça la liberté. On est dans la société du choix et du risque, n’est-ce pas ? Un marxiste un peu conséquent verra surtout dans l’autonomie des universités le stade ultime de la prostitution aux exigences de la rentabilité marchande. Et le sort nauséeux réservés à ces jeunes filles n’est que la conséquence de la seule vraie putasserie dans toute cette histoire : celle du gouvernement Sarkozy en général et de Valérie Pecresse en particulier.

Jérôme Leroy

(1) Mes chères études. Étudiante, 19 ans. Job alimentaire : prostituée De Laura D (Max Milo éditions)

Un pays en garde-à-vue

Un pays en garde-à-vue

Vidéo surveillanceQue vous soyez professeur ou trader, que vous gifliez un marmot mal poli qui se croit tout permis parce que papa est gendarme ou que vous détourniez cinq milliards d’euros sous l’œil d’un patron complaisant qui vous lâche quand le pot aux roses est découvert, la société a une réponse simple : la garde-à-vue. Pour un peu, ça vous aurait un petit côté égalitaire : le fonctionnaire de l’éducation et le golden boy unis derrière les barreaux, dans la grande fraternité des jeunes des quartiers qui ont résisté à un contrôle d’identité, des prostituées raflées pour racolage ou des ivrognes en dégrisement. Seulement, on a la fâcheuse impression que la garde-à-vue est devenue la seule réponse. La garde-à-vue et puis sa grande sœur, l’incarcération. Le rêve de Sarkozy, là aussi, est américain : remplacer le système de protection sociale par la prison (1), criminaliser la misère ou même l’opposition syndicale et, comme aux Etats-Unis, se retrouver avec une personne sur cent en taule. Avant, bien entendu, de privatiser et mettre en bourse l’industrie pénitentiaire. L’archipel du Goulag, version Palais Brognard : « Mais si ! mais si ! prenez un peu de Bouygues-Carceral ou du Veolia-Enfermement, vous verrez, un vrai placement de père de famille… »

caissièreÀ moins que nous ne soyons tous, déjà, en garde-à-vue sans même le savoir. J’ai eu cette impression en entendant la semaine dernière le jingle publicitaire qui sponsorisait la météo sur France-Info. Une voix féminine, sensuelle et affreusement rassurante présentait le sponsor en question comme « le spécialiste de la vidéo surveillance intelligente pour les entreprises, les administrations et les collectivités territoriales. » C’est assez inquiétant, cette idée d’une vidéo surveillance intelligente : elle repère qui, au juste ? Les délinquants ? Les caissières syndiquées qui distribuent des tracts à l’entrée de leur supermarché ? Les derniers fumeurs ?

Big brotherMais il y a pire encore, si on y réfléchit d’un peu plus près. Comme tout le monde, à ma connaissance, vit d’une manière ou d’une autre dans une collectivité territoriale, cela était une autre façon de dire que partout, tout le temps et pour chacun d’entre nous, cette délicieuse entreprise se proposait de nous filmer et de nous fliquer, pour notre plus grand bien, évidemment. « Big Brother is watching you. !» Il a juste pris une voix d’hôtesse de l’air pour nous le dire. Pensons à (re)lire 1984 d’Orwell (2). Ça urge.

Jérôme Leroy

(1) Les prisons de la misère de Loïc Wacquant (Liber) (2) Folio

vendredi 4 janvier 2008

Pétainisme light

On apprend, au détour de Liberté Hebdo de la semaine dernière, que deux cents quatre-vingts personnes seraient mortes dans la rue ou à cause d’une longue période sans domicile fixe. On apprend aussi que ce chiffre n’est pas sûr à dix unités près parce que c’est un collectif « Les morts de la rue » qui s’occupe du décompte, la gendarmerie et la police ne dressant pas à ce sujet de statistiques nationales. La gendarmerie et la police, sous Sarkozy, ça a autre chose à faire. Les rafles de sans papiers, ça occupe à plein temps surtout quand on a une obligation de résultats. Les contrôles d’identité en banlieue aussi, ou le déblocage des facs à coups de matraques. Alors les statistiques nationales pour les clodos calanchés quand tant de braves gens se font voler leur autoradio, il faudrait voir à ne pas pousser le brigadier dans les orties.

Mais tout de même.

Deux cents quatre-vingts morts.

Ça fait un cadavre par jour ouvrable comme si la Faucheuse avait encore le droit, elle, à ses week-ends et ses congés payés, contrairement aux caissières de la grande distribution.

Deux cents quatre-vingts morts.

Je rêve d’une presse qui ferait la une de ses journaux sur ce carnage silencieux et non sur les amours d’un nain ultralibéral et d’une mannequin chanteuse aphone de la gauche caviar, le nain fût-il (futile) président de la République. Je rêve d’une série B d’épouvante, comme celle des années soixante, ou les deux cent quatre-vingts morts se relèveraient et viendraient demander des comptes aux responsables du Medef, à la ministre des Finances Lagarde et au Haut Commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, ancien patron d’Emmaüs.

Enfin, lui, à mon avis, le fantôme de l’abbé Pierre doit déjà lui faire passer de mauvaises nuits. Il l’avoue d’ailleurs à mi-mots, sur France Culture, au détour d’une question sur la politique sociale du gouvernement en se reconnaissant « instrumentalisé ». Déjà, je trouvais le nom de sa fonction très novlangue sarkozienne, « solidarités actives »… Non, sérieusement, ça veut dire quoi, « solidarités actives » ? Il y aurait des solidarités passives ? Vieille règle linguistique et politique : quand le sens d’un nom s’affaiblit, rajoutez lui un adjectif, ça fait plus riche et ça ne coûte pas un rond. Mais là, Martin Hirsch franchit un pas supplémentaire : Martin Hirsch sait qu’il est instrumentalisé par un gouvernement ouvertement néo-thatchérien mais il reste. Il reste à côté de Brice Hortefeux, commissaire aux questions raciales ou de Fadela Amara, la vaseline des ghettos.

Pourquoi ? Parce qu’il se dit que sans lui ce serait pire ? Pire que quoi ? Que deux cent quatre-vingts morts par an dans les rues d’un des pays les plus riches du monde. Toute une partie des collabos pendant l’occupation, se sont justifiés de cette manière : sans nous, les Allemands auraient été beaucoup plus féroces.

Alors, je pèse mes mots, ce genre de raisonnement, qui est celui de tous les candidats à l’« ouverture », c’est du pétainisme light. Et rien d’autre.

Jérôme Leroy

jeudi 3 janvier 2008

2008, année rouge

On aura beau dire, 2007 a été une année pourrie. Nicolas Sarkozy a été élu, et à l’heure où j’écris cette chronique, j’apprends la mort de Julien Gracq, 97 ans, le dernier grand écrivain français, l’auteur du Rivage des Syrtes, le plus beau roman qui soit sur les civilisations menacées par la barbarie autant que par leur propre faiblesse et l’oubli de leurs valeurs fondamentales comme la liberté, l’égalité et la fraternité.

J’apprends aussi que notre Président est parti rendre hommage au Pape. La France est redevenue fille aînée de l’église catholique et je ne le savais pas, moi, pauvre naïf persuadé de vivre dans un des trois seuls pays officiellement laïques du monde, avec le Mexique et la Turquie. Il paraît que le Président a offert au pape deux romans de Bernanos en édition originale, La Joie et L’Imposture. Dans le genre imposture, Sarkozy n’est pas mal : jusqu’à ce voyage au Vatican, il devait croire que Bernanos, c’était une marque de fringues. Ma nouvelle femme porte du Bernanos, c’est mieux que l’ancienne qui portait du Prada. Il ne sait certainement pas, l’homme qui murmure à l’oreille des patrons et des curés, que Bernanos, écrivain catholique et royaliste a néanmoins été capable de rompre avec son camp au moment de la guerre d’Espagne pour dénoncer les atrocités franquistes et dire son ralliement à la République Espagnole dans un essai magnifique, Les Grands Cimetières sous la lune. Un peu comme si Brice Hortefeux, ministre de l’épuration ethnique, se mettait à pleurer sur les mômes roumains qui gèlent dans les caravanes de Lille Sud.

Je souhaite donc une année 2008 bernanosienne à tous les lecteurs de Liberté Hebdo et de ce joli blogue, NDB, je souhaite que le PCF garde toutes ses mairies aux municipales et reprenne celle de Dieppe, il paraît que c’est jouable. Je souhaite que les mouvements sociaux chassent Sarkozy, que Chavez reste au pouvoir et continue de chauffer les familles pauvres des USA, je souhaite un herpès labial à Carla Bruni, je souhaite que Vincent Delerm ne sorte pas de nouvel album, que Amy Winehouse boive un peu moins, que le prochain polar de mon ami Frédéric Fajardie soit aussi bon que les précédents.

Je souhaite que les précaires aient moins peur et que les filles voilées ne le soient plus. Je souhaite que les gosses des banlieues acquièrent une conscience de classe quand ils s’insurgent après un contrôle d’identité en trop. Je souhaite que mon parti redevienne celui d’Aragon et qu’il se souvienne que pour 2008, «Il s’agit de préparer le procès monstre d’un monde monstrueux»(1) Bonne année à tous.

Jérôme Leroy

(1) Persécuté, persécuteur.

vendredi 28 décembre 2007

Ni déprimés, ni rats

L’année ne va pas être très facile. L’homme qui aimait les mannequins cabines, les talonnettes et les montres pour VRP en lingerie fine, celui qui a été élu par une majorité de français drogués (TF1, c’est bien plus dangereux que l’herbe ou la cocaïne) a décidé d’en finir à la hache avec le code du travail, la sécurité sociale, la carte scolaire et ce qui subsiste du système de retraite par répartition. De l’étranger, on va finir par nous voir comme une nation de capitalistes hargneux, une espèce de Taiwan dirigé par une équipe de managers aussi humanistes que des chefs de rayons dans la grande distribution ou des gérants de restaurants rapides sous franchise étatsuniennes.

Je vois aussi venir la commémoration de Soixante-huit. Oh ! pas par les ouvriers ou leurs leaders syndicaux qui avaient arraché tant d’acquis sociaux lors des accords de Grenelle (le vrai, pas celui de l’environnement où l’on a décidé de prendre des douches de moins de cinq minutes pour sauver la planète). Non, la commémoration sera celle des libéraux libertaires, des anciens leaders étudiants devenus confidents des patrons, des ministres, des médecins sans frontières ministres d’ouverture qui regardent ailleurs pendant qu’on vend des centrales nucléaires à des dictateurs solvables. Ils vont nous expliquer, comme tous les dix ans, que 68 c’était bien mais que maintenant, c’est fini, qu’il faut des règles, des repères, que l’économie de marché, c’est ça qui est hype et travailler en CCD jusqu’à soixante-dix piges, c’est trop fun. Alors, pour continuer à respirer, lisez très vite le petit livre d’Alain Badiou. De quoi Sarkozy est-il le nom ? Alain Badiou est toujours communiste, dites donc… Quoi ? Communiste ? Il y en a encore ? Eh, oui, il y en a encore, vous allez voir aux municipales, d’ailleurs. Mais revenons à Badiou. Il n’est pas toujours d’un abord facile, c’est un philosophe exigeant, pas un Gluksmann (tiens, on l’entend plus le tchétchénophile sarkozyste quand Kadhafi est à Paris ou Sarkozy chez Bongo) ou un Béachelle ségolénien qui confond brushing et argumentation.

Dans ce livre Badiou nous parle d’amour et de politique, de la permanence et de la validité de « l’hypothèse communiste ». Commencer 2008 avec Badiou, c’est confirmer les raisons que nous avons de lutter, de penser autrement pour construire un monde meilleur. C’est avoir comme devise cette magnifique définition qu’il donne du courage : « Après tout, ce que nous cherchons, c’est une morale provisoire pour n’être ni déprimés, ni rats par gros temps sarkozyen. Nous voulons savoir comment être dignes, vertueux, gardiens de l’avenir des vérités dans cette sale passe. Ce qui demande du courage est de se tenir dans une durée différente de la durée imposée par la loi du monde. La matière première du courage, c’est le temps. »

Jérôme Leroy

(1) De quoi Sarkozy est-il le nom ? de Alain Badiou (Lignes, 14 euros)

jeudi 20 décembre 2007

Liberté, Egalité, Fouquet’s

Le président qui murmure à l’oreille des patrons nous a expliqué l’autre soir sur TF1, célèbre chaîne prolétarienne, et France 2, où les journalistes vedettes ont des lumbagos à force de se courber, que pour l’augmentation du pouvoir d’achat, il y avait macache, nib, nada. Sarkozy aime tellement l’argent qu’il ne veut pas le donner aux pauvres mais plutôt le prendre aux pauvres pour le donner aux riches. C’est un Robin des Bois à l’envers qui a remplacé la forêt de Sherwood par le Fouquet’s, là où il passa la soirée et la nuit de son élection.

Parce qu’il faut bien comprendre que le lieu fondateur du sarkozysme, c’est le Fouquet’s, un palace au luxe tapageur au coin des Champs-Élysées. C’est ce que nous expliquent dans un petit livre acide, précis et un rien désabusé, Ariane Chemin et Judith Perrignon. La Nuit du Fouquet’s raconte ces heures qui virent le nouveau président se goberger en compagnie de Bernard Arnault et Serge Dassault, de Vincent Bolloré et Martin Bouygues, de Jean Reno et Christian Clavier, bref, comme vous le voyez, rien que des économiquement faibles et des intellectuels de haut niveau. Les deux auteurs nous donnent la liste complète des invités et font ainsi œuvre utile pour l’Histoire, le jour où il faudra bien leur présenter l’addition, la vraie, pas celle, pharaonique, que réglèrent les potes milliardaires au petit matin.

Ne ratez pas les pages où sont décrites Cécilia qui ne vient pas, la cuite méthodique de Johnny et l’attente de la foule à la Concorde qui a dû commencer tout de suite à regretter son vote quand elle a compris que la modernité sarkozienne, en matière de chanson, c’était Mireille Mathieu. On a l’impression d’êtres dans La Curée, de Zola, quand les capitalistes sauvages de l’époque mettaient la France en coupe réglée entre deux orgies.

Mao avait traversé le Huang Hé à la nage pour marquer une nouvelle ère, ce qui ne manquait pas de classe. Sarkozy, lui, a préféré la gourmette au maillot de bain et les salons dorés du Fouquet’s au Fleuve Jaune. C’est ce qui fait la différence entre un homme d’État, un poète, et un VRP hargneux qui tripote sans arrêt sa Rolex.

Jérôme Leroy

La Nuit du Fouquet’s De Ariane Chemin et Judith Perrignon (Fayard, 2007)

dimanche 9 décembre 2007

Karl Marx Reporter à Villiers-le-Bel

Vous appelez ça comment, vous, quand pendant deux nuits, les jeunes d’une banlieue au nom de films de chevaliers, Villiers-le-Bel, affrontent les forces de l’ordre et blessent plus ou moins gravement le quart des effectifs engagés ? Émeute ? Révolte ? Insurrection ? Je pose la question parce que le choix des mots et ce que l’on met derrière a son importance. Depuis Orwell et la novlangue qu’il a prophétisée dans 1984(1), on sait que les pouvoirs modernes et totalitaires (par exemple le sarkozysme et ses tentatives de Parti unique via l’« ouverture ») aiment bien qu’on parle leur langage et qu’on se mette donc à penser comme eux sans s’en rendre compte. Ça s’est un peu vu malgré tout avec les usagers du métro « pris en otage ». Il est vrai que par les temps qui courent, confondre un cheminot avec un membre des Farc qui martyrise Ingrid Betancourt ou un boucher d’Al Quaïda qui égorge un jeune Américain sur Internet, il n’y a que Jean-Pierre Pernaut sur TFPétain pour ne pas s’apercevoir de l’indécence de la chose.

Heureusement, il y a aussi Karl Marx. Karl Marx est un jeune reporter allemand, plutôt de gauche, qui a couvert les évènements de Villiers-le-Bel dans La Guerre civile en France(2). Que s’est-il vraiment passé à Villiers-le-Bel ? Marx est incroyablement précis dans ses réponses : «C’était bien cela, écrit-il notamment, la civilisation et la justice de l’ordre bourgeois se montrent sous leur jour sinistre chaque fois que les esclaves de cet ordre se lèvent contre leurs maîtres. Alors, cette civilisation et cette justice se démasquent comme la sauvagerie sans masque et la vengeance sans loi.»

Et ce Karl Marx devient encore plus étonnant quand il trace le portrait de notre actuel président : « Ce nabot monstrueux tient sous le charme la bourgeoisie française depuis près d’un demi-siècle parce qu’il est l’expression intellectuelle la plus achevée de sa propre corruption de classe. Avant de devenir homme d’État, il avait déjà fait la preuve, comme historien, de sa maîtrise dans le mensonge. La chronique de sa vie publique est l’histoire des malheurs de la France(3).»



Jérôme Leroy

(1) disponible en Folio.

(2) Mille et Une nuits, 3 euros, 120 pages.

(3) Marx parlait de Thiers, en fait, le massacreur des communards.

jeudi 18 octobre 2007

Grèves / Retraites : Il serait irresponsable pour le gouvernement de recommencer l’entêtement du CPE

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La journée de mobilisation contre la réforme des retraites prend une dimension exceptionnelle. A Paris, comme dans l’ensemble de la France les manifestations sont très nombreuses.

La proposition de réforme du gouvernement a été comprise pour ce qu’elle est, c’est à dire une attaque frontale contre l’ensemble des régimes de retraite. Cette situation scandalise l’ensemble des salariés et le mépris dont fait preuve le gouvernement en rajoute encore à la colère et à la détermination.

Tous les efforts de la droite pour diviser les salariés sont vains : ils sont aujourd’hui rattrapés par la réalité. L’ensemble de ce mouvement, ainsi que le soutien de l’opinion publique doivent contraindre le gouvernement à ne pas passer aux forceps sur un aspect essentiel de la vie des salariés. Il serait totalement irresponsable de recommencer l’entêtement et le mépris dont la droite avait fait preuve lors des manifestations contre le CPE.

Le gouvernement se trouve désormais dans une nouvelle tempête. Dans toutes les démocraties dignes de ce nom, aucun gouvernement ne peut gouverner contre son peuple, le message est aujourd’hui on ne peut plus clair : c’est un refus massif de la casse des retraites.

Parti communiste français

Paris, le 18 octobre 2007.

mercredi 11 juillet 2007

Le talon de fer

''« Voici donc notre réponse. Nous n’avons pas de mots à perdre avec vous. Quand vous allongerez ces mains dont vous vantez la force pour saisir nos palais et notre aisance dorée, nous vous montrerons ce que c’est que la force.

Notre réponse sera formulée en sifflements d’obus, en éclatement de shrapnells et ne crépitements de mitrailleuses. Nous broierons vos révolutionnaires sous notre talon et nous vous marcherons sur la face. Le monde est à nous, nous en sommes les maîtres, et il restera à nous.

Quand à l’armée du travail, elle a été dans la boue depuis le commencement de l’histoire, et j’interprète l’Histoire comme il faut.

Dans la boue elle restera tant que moi et les miens et ceux qui viendront après nous demeureront au pouvoir. »''

Jack London

Le Talon de Fer

jeudi 1 janvier 1970

Rosa Luxembourg - Réforme sociale ou révolution ?

Rosa_Luxemburg.jpgLe titre de cet ouvrage peut surprendre au premier abord. Réforme sociale ou révolution ? La social-démocratie peut-elle donc être contre les réformes sociales ? Ou peut-elle opposer la révolution sociale, le bouleversement de l’ordre établi, qui est son but final, à la réforme sociale ? Assurément non ! Pour la social-démocratie, lutter à l’intérieur même du système existant, jour après jour, pour les réformes, pour l’amélioration de la situation des travailleurs, pour des institutions démocratiques, c’est la seule manière dᾀ?engager la lutte de classe prolétarienne et de s’orienter vers le but final, c’est-à-dire de travailler à conquérir le pouvoir politique et à abolir le système du salaire. Entre la réforme sociale et la révolution, la social-démocratie voit un lien indissoluble : la lutte pour la réforme étant le moyen, et la révolution sociale le but.

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Lénine - La maladie infantile du communisme (le gauchisme)

lenine68.jpgCet ouvrage a été rédigé en avril 1920 et son additif en mai. Son objectif était de nourrir la discussion du II° congrès de l'Internationale communiste. Il sera distribué à tous les délégués à ce congrès avant d'être publié par les principales sections de l'I.C.

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